La Fabrique de l'hospitalité | LE BLOG

Laboratoire d'innovation des Hôpitaux universitaires de Strasbourg

Collectif Etc, architecture et urbanisme participatif

Ce mercredi 17 octobre 2012, nous avons rendez-vous dans une des mailles du quartier de Hautepierre, en face de l’hôpital, avec la graphiste Claire Muth et l’anthropologue Barbara Morovitch de l’association Horizome pour découvrir le travail mené à l’occasion des quarante ans du quartier. Nous en profitons également pour rencontrer deux représentants du Collectif etc venu faire une conférence à l’issu de leur « Détour de France ».

Un soleil de fin d’après-midi est au rendez-vous et c’est dans les meilleures conditions que nous traversons la maille Eléonore pour rejoindre la place Erasme où se déroule un atelier participatif de fabrication de mobilier urbain.

Hautepierre est constitué de 8 mailles hexagonales. 13 étaient prévues au départ, mais le projet a été réduit suite à des restrictions budgétaires liées à la crise pétrolière de la fin des années 1970. Trois de ces mailles sont consacrées à des services et activités : celles du CHU (Centre Hospitalier Universitaire), du centre commercial et du parc de loisirs. Les cinq autres ont une fonction principale de logement, avec en cœur de maille des équipements publics (école maternelle, école primaire, gymnase…). On peut lire dans cette organisation l’héritage des cités-jardin et de la logique fonctionnaliste dans l’urbanisme de la fin des années 1960. Les fonctions d’habitat, de loisirs, de transport, etc. sont dévolues à des espaces différenciés, alors qu’une part importante est laissée aux espaces verts. Pour en apprendre davantage sur ce quartier significatif des utopies des grands ensembles des années 1970, nous vous invitons à consulter l’article qui lui est consacré sur le site de l’Ecole normale supérieure.

Esquisse du quartier de Hautepierre avec ses alvéoles caractéristiques

 

Ce quartier classé en Zone franche fait l’objet d’un projet de rénovation urbaine. Pauvreté et délinquance, marquent le quartier qui présente près de 70 % de logements sociaux et un fort taux de chômage.

« Le GIGN intervient dans le quartier de Hautepierre après un braquage ». Voitures brûlées et descentes de police apparaissent en haut des recherches sur Google images

Sous le soleil, pourtant, nous pourrions presque croire que nous traversons un de ces quartiers que nous envions tant à nos voisins allemands, tel que l’éco-quartier Vauban à Fribourg pour lequel l’ENS propose également un article. Si le rejet des voitures en périphérie des mailles, l’aspect vert du quartier et l’absence de clôture entre les immeubles et l’espace public évoquent en effet ce type de projet, la comparaison trouve vite ses limites. En effet, à Vauban, la mixité, si elle est fonctionnelle, n’est pas sociale : il faut compter environ 500 000 € pour s’offrir les 120 m2 des maisons passives ! Le quartier compte seulement 20% de logements sociaux situés en bordure du quartier et où sont concentrés les seuls représentants de population immigrée. L’habitat de Hautepierre n’est bien entendu pas aux normes actuelles et bien que l’article de l’ENS mentionne en passant la qualité du bâti, nous sommes plus que sceptiques tant sur l’aspect esthétique – bien que la volumétrie soit bonne – que sur la qualité des matériaux utilisés, toutes les personnes rencontrées pendant l’après-midi évoquant « un habitat en carton pâte dans lequel on entend tout ce qui se passe chez les voisins ».

Le plan de rénovation urbaine prévoit que les mailles puissent être partiellement ouvertes à la circulation et de fermer les terrains en pied d’immeuble pour permettre son appropriation par les habitants, contrairement à l’indifférenciation d’espaces jusque-là ouverts à tous.

Les premiers jardins partagés ont vu le jour au pied des immeubles. Nous surprenons ce dialogue d’une dame au balcon en direction d’une dame dans le jardin : « Je te troque tous mes poireaux et mes pommes-de-terre contre tes endives ».

Il y a eu des réunions publiques et des outils de concertation bien sûr, qui ont nourri la rédaction du projet de rénovation mais la co-construction ne s’improvise pas et demanderait un long travail préparatoire qui serait probablement favorisé par des actions telles que celles menées dans le quartier par l’association Horizome.

Le parallèle avec la rénovation de quartiers dits sensibles à Malmö en Suède que nous avons eu la chance de visiter il y a trois ans avec la 27è Région est intéressant. Comme le rappelait le Collectif etc, l’accompagnement et l’émergence d’un projet commun demande du temps : il faut apprendre à se connaître, à se comprendre, à se faire confiance puis à apprendre des uns et des autres et ensemble. Cette volonté de changer les choses ensemble doit être incarnée par des individus ou des collectifs ayant une dimension charismatique mais doit aussi être incarnée dans des lieux conviviaux. A Hautepierre, les associations sont soit dans des entre-sols sinistres soi dans des appartements qui ne sont pas destinés à accueillir les gens du quartier. A Malmö, les forces vives du quartier d’Augustenborg animent une maison de plein pied avec un café et une grande salle qui sert tant pour des ateliers que pour de grands repas collectifs ou des conférences. On retrouve le même principe dans les projets de « Construire ensemble le grand ensemble » pensé par Patrick Bouchain avec par exemple pour la réhabilitation de l’îlot Stephenson à Tourcoing, l’Atelier électrique, animé par l’architecte Marie Blanckaert.

L’atelier électrique à Tourcoing

Cette question de comment travailler bien en amont des projets avec les usagers, sera à nouveau longuement débattu lors de la présentation du Collectif etc. Constitué de onze architectes et d’une graphiste, ce collectif est parti à vélo pendant une année entière à la rencontre des acteurs de terrain, partout en France, pour expérimenter des nouvelles façons de transformer l’espace public et favoriser l’urbanisme participatif.

Le Collectif etc déroule l’élégante présentation de son tour de France devant un public fourni…, mais venu du centre ville.

Yves Aubert, directeur général adjoint de la Ville et de la CUS, en charge du Pôle Culture, Territoires et Démocratie locale, résumait bien la situation : « Dans nos modes de fonctionnement, l’amont des projets n’est pas intégrés, nous ne savons pas faire ». Le faire n’est pas tant le problème. Aujourd’hui les compétences existent mais c’est comment permettre ce travail, notamment en le finançant. Comment injecter du sens et de la co-conception dès l’écriture du cahier des charges ? C’est aussi cette question que posait l’excellente exposition Re-architecture au Pavillon de l’Arsenal, qui donnait la parole à des « chercheurs » tels que Patrick Bouchain, Exyst, Coloco / Gilles Clément, Bruit du Frigo, Dus architects mais aussi au Collectif etc…

 

 

Publicités

À propos de fabriquehospitalite

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Information

Cette entrée a été publiée le 18 octobre 2012 par dans Général, et est taguée , , , .
%d blogueurs aiment cette page :