La Fabrique de l'hospitalité | LE BLOG

Laboratoire d'innovation des Hôpitaux universitaires de Strasbourg

Gériatrie – carnet de bord#1

Et voici comme promis le premier épisode de notre collaboration avec le service de gériatrie suite au workshop des DSAA du Le Corbusier.  

Après les nombreux projets de commandes artistiques et de designs réalisés ces dernières années dans le cadre de restructurations, nous nous proposons de faire de la commande de l’hôpital de jour gériatrique de la Robertsau un projet pilote nous permettant d’affiner la dimension prospective de nos réflexions. L’équipe, particulièrement désireuse de réfléchir à son environnement afin d’améliorer l’accueil des patients, est prête à toutes les expériences. 

Aujourd’hui, mercredi 18 avril, nous avons rendez-vous à l’hôpital de jour de la Robertsau (gériatrie). Nous y retrouvons le docteur Catherine Martin-Hunyadi, la  neuro-psychologue Clélie Phillipps et l’infirmière Ginette Sittler.   

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On vient dans cette unité pour y faire des bilans mémoire, orienté par son médecin traitant par exemple. Ouvert du lundi au vendredi, l’hôpital accueille les personnes venues consulter de 8h à 16h afin de leur proposer toute  une batterie d’examens. Entre chaque examen et pour le repas de midi, la quinzaine de patients accueillis par jour se retrouve dans une grande salle dont les baies vitrées ouvrent sur un parc arboré. Suite à une restructuration très récente, la salle de soin qui était située en fond de service a été positionnée en face de cette grande salle ce qui améliore beaucoup le travail de l’équipe et tend à apaiser les patients qui se sentent moins perdus. L’équipe a envie d’aller plus loin et de continuer à  améliorer l’accueil de ses patients.  

Nous partons des propositions faites par les étudiants du DSAA Le Corbusier venus en workshop dans ce service au mois de novembre. Ils indiquaient par exemple que l’organisation du repas de midi en petits îlots apportaient beaucoup plus de convivialité qu’une seule grande table. Pourtant, la grande table est à nouveau en place. La convivialité n’était-elle pas au rendez-vous ou l’organisation en îlot ne répondait-elle pas aux besoins du service ? L’équipe nous confirme, qu’en effet, le moment du repas est particulièrement important dans l’évaluation des patients et que le personnel n’est pas suffisant pour observer plusieurs table. 

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L’objectif médical est bien sûr prioritaire mais quel dispositif inventer pour rendre ce moment du repas plus agréable pour tous tout en facilitant l’observation et la surveillance (risque de fausse route par exemple) ? Nous laissons la question ouverte.

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Nous poursuivons l’échange sur cette question du repas. L’équipe parle de faire « comme à la maison », mais qu’est-ce que cela signifie ? Il s’agit certainement de rapporter du vernaculaire en opposition à la neutralité hygiéniste de l’hôpital (nappes et serviettes en tissus, assiettes en porcelaine, etc.). Ne pourrait-on pas plutôt imaginer faire « comme au restaurant ». Certains patients apprécient en effet de se faire servir et goûtent  le repas. Le concept purement alsacien de « Stammtisch » est également évoqué. Le placement  à  cette grande table se fait librement hormis les professionnelles qui s’installent aux extrémités. Les patients les moins atteints par la maladie ont tendance à se regrouper, de même que les hommes qui sont beaucoup moins nombreux.

 Nous apprenons que lorsqu’un patient vient pour une première consultation, il y a de très fortes chances pour qu’il revienne régulièrement dans les mois et les années à venir. Les patients, même atteints au plan cognitif , ont une mémoire des lieux et des visages. La question des repères et de l’évolution des locaux (selon les temps fort de l’année notamment) a donc une importance pour le patient. 

 Les patients accueillis dans le service ont tendance  à  poser certaines questions de manière récurrente tout au long de la journée : Où est ma veste ? Quand mange t-on ? Qui est le docteur ? Afin de soulager l’équipe et d’apaiser les patients, les étudiants avaient testé lors du workshop un certain nombre d’outils faisant appel à la lecture. Ainsi, un panneau rédigé en deux langues (français et allemand) indiquait  » Vos vestes sont dans le couloir ». L’équipe a constaté que le contrôle visuel des manteaux accrochés à un portant à proximité complété par le panneau informatif diminuait fortement l’agitation des patients. 

 Nous décidons avec l’équipe de tester d’autres messages écrits et notamment d’indiquer visuellement les grandes étapes de la journée et là où nous nous situons (frise temporelle).

 Nous évoquons également la piste d’un trombinoscope. L’équipe étant stable cela facilite les choses et apportent du repère puisque tous, quelques soient les fonctions, sont habillés de blouses blanches et que les étiquettes sur la poche de poitrine sont très difficilement lisibles et interprétables. Cette information pourrait être complétée de façon très simple par un chevalet disposé sur le bureau de chaque membre de l’équipe qui indiquerait son nom et sa fonction. 

 Un mur de moquette, disparu avec la restructuration, permettait la mise en place facile de décor en fonction des saisons. Cette activité réalisée par l’infirmière interpellait beaucoup les patients qui y allait de leur commentaire ou participaient spontanément. La création d’un élément modulable de ce type pourrait être envisagé mais tout comme la question de la musique qui a longtemps était débattu, ces dispositifs demandent  à être animés. Sans personne pour les faire vivre, ils n’ont aucune valeur. 

 Un certain nombre de facteurs concordants, plus ou moins identifiables vont développer l’anxiété des patients et provoquer chez eux des troubles du comportement. Comment éviter ces situations ? On peut d’une part en éliminer certaines causes et d’autre part favoriser des facteurs de bien-être. La cohabitation de patients très différemment détériorés, la multiplicité d’usages de la grande pièce, les moments d’agitation qui succèdent à des moments de silence qui peuvent être perçus comme étant angoissants, les examens et la possible annonce d’un diagnostic, voilà autant d’éléments qui favorisent le stress.

Nous envisageons de tester de nouvelles dispositions dans la salle ainsi que de nouveaux mobiliers qui permettraient de rapprocher les patients ou leur offrirait la possibilité de s’isoler dans une sorte de cocon dans lequel un travail spécifique sur le son pourrait être envisagé. La question de la modularité de l’espace au cours de la journée, notamment par le traitement de la lumière est également discuté. 

 Nous posons la question de l’amont et de l’aval, de l’information du patient et de sa famille, des documents qui leur sont remis. La plupart des patients viennent consulter la première fois adressés par leur médecin traitant. Dans de nombreux cas, ces patients en provenance de la Communauté urbaine de Strasbourg et environ, viennent accompagnés par un ou plusieurs membres de leur famille. Ils voient l’infirmière en arrivant qui, à l’aide d’une grille de questions, renseigne le dossier. Ils verront le médecin le soir en venant chercher leur proche. Celui-ci fera une synthèse de la journée. Il adressera un courrier au médecin traitant et remet à la famille des recommandations notées à la main sur une feuille volante. L’on sait qu’une des principales problématiques de santé est le manque d’observance des patients mais les injonctions sont parfois contradictoires entre les conseils donnés en consultation mémoire et les préconisations du médecin traitant. 

 Nous nous engageons dans une vaste discussion sur les questions de communication tant avec les patients et leur famille, qu’avec les médecins de ville, les maisons de retraite et les autres services du Pôle gériatrie. Nous nous proposons de tester des supports permettant de faciliter ces échanges

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 Il nous apparaît primordial d’associer à ces réflexions un malade et ou un proche qui porterait lui même un regard particulier sur ces questionnements. Nous en discutons avec l’équipe qui a déjà quelques pistes en tête.  

 Après avoir échangé autour de la composition du groupe de travail et du calendrier de notre projet, nous prenons rendez-vous pour revenir dans le service pour une journée d’observation. Nous serons accompagnées par le designer Bruno Accione qui nous propose de travailler à partir d’une grille d’observation et de son interprétation issus des techniques utilisées dans l’industrie du meuble. 

bb et cc, Hôpitaux universitaires de Strasbourg

 

 

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Un commentaire sur “Gériatrie – carnet de bord#1

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Cette entrée a été publiée le 10 mai 2012 par dans Gériatrie - Centre ressource mémoire.
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